Prêter main forte

Prêter main forte

Celles et ceux qui le souhaitent peuvent prêter main forte. Fendre du bois, casser des pierres, faucher, scier, maçonner. Mais on peut aussi y paresser, s’accorder une halte, se balader ou explorer la région. Depuis un an, l’Hostelleria à Linescio est une maison partenaire de la FSAN.

L’Hostelleria Ticinese à Linescio est un ensemble de très vieilles maisons en pierres à l’état brut restaurées avec beaucoup de goût. Ce sont nos ancêtres qui ont inventé ce mode de construction à partir de matériaux qu’ils trouvaient à proximité dans la nature. Que ce soit pour quelques heures ou plusieurs jours passés dans l’une de ces maisons, le visiteur sera convaincu par la logique de ce type de construction d’une simplicité, d’un naturel et d’une proximité de la nature qui font du bien.

La fille à la faux

Aucune des quatre maisons de l’Hostelleria ne dispose d’un chauffage central. D’ailleurs, il y a 100 ans, aucune maison n’en avait dans les montagnes tessinoises. L’Hostelleria a choisi de laisser les maisons à leur sort pendant les mois d’hiver et de recourir au feu de cheminée pour remédier pendant la belle saison à d’éventuelles vagues de froid. En somme, en tant qu’hôte, j’ai le droit, tu as le droit, nous avons le droit de faire du feu!

«Nous avons le droit…». Voilà l’un des points forts de l’Hostelleria. On y a le droit de mettre la main à la pâte! On a le droit, mais on n’est pas obligé. Ce sont souvent des enseignants et/ou des guides d’associations qui profitent de cette occasion. On y voit donc régulièrement de jeunes bénévoles en train de bâtir, maçonner, faucher, scier. Marc, le gardien de l’Hostelleria, nous raconte l’histoire de cette jeune fille qui évoquait pendant le souper avec fierté ses contractures que lui avaient values toute une journée passée à faucher l’herbe à l’aide d’une faux.

De 265 à moins de 20

L’Hostelleria est profondément ancrée dans la longue histoire de la vallée. Les maisons en pierre étaient habitées. En 1870, le village comptait 265 habitants. En 1970, il n’en restait plus que 53 et moins de 20 aujourd’hui. Certains y vivaient autrefois sans quitter leur vallée ne serait-ce qu’une seule fois. La population de Linescio a subi de plein fouet les conséquences de l’obscurité et des menaces nocturnes. Les gens ont été obligés de se battre avec la nature. Les murs en pierres sèches constituent autant de témoignages impressionnants des efforts et des stratégies de survie du passé. Ces murs ont permis aux villageois de terrasser ces pentes raides grimpant vers le ciel afin de gagner des terres cultivables: seigle, orge, légumes, châtaignes – pour survivre.

A proximité du village de Linescio, le visiteur découvre aujourd’hui de nouveau quelques centaines de mètres de murs en pierres sèches qui s’étendent sur une longueur totale de 25 kilomètres. Ils seraient depuis longtemps tombés aux oubliettes si quelques pionniers n’avaient pas pris l’initiative il y a 30-40 ans d’y remédier. C’est-à-dire de croire en l’avenir, de saisir sa chance, de prêter main forte.

Florèo Hollenweger, originaire du canton de Lucerne et âgé de 70 ans, fait partie de ces pionniers. Maçon de formation, il avait acquis dans les années 1970 avec quelques amis un Rustico plus ou moins en ruines. Devenu par la suite sociologue juridique, Hollenweger a créé en 1997 la fondation Rivivere Canton Sotto qui entend contribuer avec des mesures de protection à la revitalisation et au développement durable de Linescio. L’Hostelleria est sans doute la «manifestation» la plus visible de cette fondation qui depuis a restauré quatre autres Rustico. La Fondazione Rivivere est un parfait exemple d’une notion différente du tourisme: une leçon stimulante d’histoire, de culture, de géographie et de l’art du vivre ensemble.

Marcher, se baigner, découvrir

Répétons-le: qui le souhaite, peut mettre la main à la pâte. Mais ce n’est jamais obligatoire! Il y a plein d’alternatives. L’une est de se baigner dans la rivière Rovana. Environ 150 mètres en dessous de l’Hostelleria, les rives sont bordées de morceaux de rochers de la taille d’un éléphant. Des bassins profonds donnent envie d’un plongeon et quelques mètres en amont, la sombre gorge invite à la prudence. Pour visiter les ruines de Faido, sur la rive droite de la vallée de la Rovana, il faut traverser la rivière sur un pont en pierre datant de 1700. Le village de Faido est composé d’une douzaine de maisons en pierre en train de tomber en ruines. La nature a pris le dessus sur la culture, transformant les maisons en squelettes qui vont finir par être totalement envahis par la végétation, tels les tombeaux d’un cimetière laissé à l’abandon.

Le randonneur se déplace dans d’autres créneaux horaires si bien qu’il y a suffisamment d’espace pour les souvenirs. Par exemple pour se rappeler que c’est précisément ici, au milieu de ce Faido en ruines, que passait autrefois la principale artère de trafic vers Linescio. On passait forcément par ici pour se rendre de Cevio, chef-lieu de la vallée de la Maggia, à Bosco Gurin. En effet, ce n’est qu’en 1895 qu’a été aménagée l’actuelle chaussée entre Cevio et Linescio (avec ses dix virages en épingles à cheveux) et plus loin vers Campo.

Nature, culture, développement: il y a énormément à découvrir dans ces domaines. L’Hostelleria constitue un camp de base idéal. Par rapport à sa situation géographique et culturelle, Umberto Hollenweger a dit un jour: «Nous sommes près du lac Majeur et suffisamment éloigné des contraintes quotidiennes et du stress.» Il a tout à fait raison de le penser.

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