16.06.2020

La protection de la nature inclut la protection de l’humain

Balthasar Glättli représente depuis 2011 le parti écologiste Les Verts suisses au sein du Conseil national. Il est membre de la Fédération Suisse des Amis de la Nature. Photo von Béatrice Devènes

A l’époque du Covid, beaucoup de médias avaient le regard rivé sur les chiffres quotidiens de nouveaux cas recensés et sur les mesures drastiques de protection plus particulièrement des personnes vulnérables. Il a en revanche moins été question du fait que notre comportement à l’égard de la nature a une influence sur le risque de transmission du virus des animaux sauvages aux humains. L’appel respectif lancé par 126 scientifiques suisses n’a malheureusement pas trouvé l’attention nécessaire.

Voici ce qu’ils et elles écrivaient: «De moins en moins d’animaux sauvages peuplent la terre. Ils ne représentent plus que 5 pour cent de la biomasse de tous les mammifères. On pourrait donc s’attendre à une diminution du risque de contamination virale de l’homme par des mammifères vivant en liberté. Or, c’est bien le contraire qui est vrai. Notre empreinte du pied sur l’intégralité de la planète pose de plus en plus de problèmes. Voilà ce qui ressort du rapport global de la plateforme intergouvernementale pour la biodiversité et les rendements des écosystèmes (IPBES). La forte fragmentation et le mitage des paysage naturels ainsi que l’appauvrissement inquiétant de la diversité biologique ont pour conséquence que les chaînes alimentaires dans la nature sont si fortement perturbées que les animaux sauvages sont forcés en maint endroit de se rabattre sur des ressources laissées par des activités humaines. Et cela augmente le risque d’une transmission virale des animaux sauvages à l’homme, soit directement, soit en passant par les animaux domestiques et utilitaires.»

Nous le savons depuis longtemps: la nature et l’homme ne vivement pas dans des unités cloisonnées. La nature restée absolument intacte n’existe presque plus. Et même quand l’homme ne semble à première vue n’avoir aucune influence directe, les changements climatiques provoqués par lui n’en restent pas moins sensibles. L’exploitation insouciante et la société du jetable ont laissé un peu partout des traces profondes. C’est pourquoi les scientifiques évoquent la naissance d’une nouvelle ère égologique: l’anthropocène. La preuve scientifique est ainsi fournie pour affirmer que l’homme est devenu l’un des principaux facteurs d’influence sur les processus biologiques, géologiques et atmosphériques de la terre. 

Chacun de nous est appelé à la responsabilité. Il faut à tout prix se responsabiliser pour contribuer à un développement durable. Et voilà qu’on retrouve les mêmes fondements qui existaient déjà du temps des pionniers des Amis de la Nature. Rappelons que le mouvement est issu à la fin du XIXe siècle du mouvement ouvrier. Les premiers adeptes associaient les questions sociales à la joie et au respect de la nature. Plus que jamais, un constat s’impose de nos jours: la protection de la nature et de l’environnement, l’engagement contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité sont aussi une protection de l’homme. Se soucier de ses concitoyens et se soucier de la nature ne sont pas des notions contradictoires.

Pourquoi j’insiste tant? Parce qu’il y a danger actuellement, après la crise du Covid, qu’une majorité bourgeoise du parlement fédéral décide de mener une politique d’austérité. Cela risque de peser directement sur les affaires sociales, mais aussi sur l’engagement en faveur de la biodiversité et contre le réchauffement climatique. Cela serait en effet fatal.

J’espère pour ma part que nous réussirons à gérer la crise au profit de la transformation. Je souhaite enfin que nous puissions utiliser les immenses investissements nécessaires pour affronter l’avenir de manière plus solidaire et plus verte.

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