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Loisirs

Quand la hauteur fait peur

Beaucoup de gens ont le vertige en altitude, ce qui peut sérieusement affecter leur expérience de la randonnée. On n'est toutefois pas obligé de rester impuissant face à cette sensation. Un entraînement ciblé permet d'y remédier. Récit d'expérience.

Christine Schnapp
18 mars 2026, Ami de la Nature 1/26
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Photo: Bettina Atzgerstorfer

L’offre Höhencoach® de David Elsasser et Bettina Atzgerstorfer comprend des entraînements individuels et collectifs pour les personnes souffrant de la peur du vide, ainsi que des entraînements à la technique de marche pour plus de sécurité en terrain alpin. Toutes les informations: www.hoehencoach.ch

Je croyais encore faire l’une des plus belles randonnées jamais faites, mais dix mètres plus loin, c’est fini. Impossible d’avancer. «Jamais de la vie je ne passerai par ce chemin étroit pour contourner ce rocher qui empiète tellement sur le sentier de montagne!» À ma droite, c’est le vide sur cent, deux cents mètres, et pas un seul arbre qui pourrait amortir une chute. Je me sens impuissante et désemparée, j’ai le souffle court – et aussi un peu de rage de me retrouver dans cette situation et de ne pas pouvoir simplement passer cet endroit étroit comme tous les autres randonneurs. Et je sais que cela ne me serait pas arrivé dans le passé.

Avant, c’était avant d’avoir des enfants. Avec les enfants sont venues les craintes. Pour leur bien-être, leur avenir, pour tout le mal qui pourrait leur arriver et contre lequel je ne peux pas les protéger. Pour le monde dans lequel ils vivent, pour leur environnement qui leur est précieux, pour les personnes qui devraient être là pour eux et donc, en fin de compte, pour moi aussi. Les peurs sont dans ma tête, mais c’est dans mon corps que je les ressens. Quand je pars en randonnée ou en escalade, par exemple, lorsque ça devient un peu plus raide, ou quand je fais du ski ou du vélo, quand ça va un peu plus vite. La peur est toujours irrationnelle. Et la peur est toujours rationnelle. Quand il y a une pente raide à droite, mon cerveau juge à juste titre que c’est dangereux et, en même temps, mon corps oublie qu’il s’est déjà sorti mille fois de situations similaires sans problème.

Le vertige lié à la peur des hauteurs, également appelée acrophobie, ne désigne pas la peur de la hauteur, mais celle de tomber depuis cette hauteur. Un respect sain de la hauteur est inné, mais pour diverses raisons, il peut se transformer en peur au cours de la vie. Dans ce cas, on parle d’une peur acquise, qui peut être surmontée grâce à un entraînement ciblé. Environ 5 % de la population est touchée par ce qu’on appelle aussi la peur du vide, y compris des alpinistes réguliers et bien entraînés.

Pendant plusieurs années, j’évite ma peur du vide et veille, lorsque je planifie mes randonnées, à ce que le parcours ne comporte aucun passage exposé. Mais à un moment donné, les randonnées que je ne pense pas pouvoir faire deviennent de plus en plus nombreuses. Ma peur du vide s’intensifie, sans doute parce que je ne fais rien pour lui faire face. À un moment donné, même les tours d’observation et les balcons à partir du 4e étage en font les frais. Je traverse les ponts suspendus en grinçant des dents, mais les téléphériques ne me posent toujours aucun problème. La peur est vraiment irrationnelle. Comme mon vertige finit par trop me limiter, je décide de m’attaquer à mon problème dans l’espoir de pouvoir à nouveau faire toutes les randonnées qui me tentent.

Photo: Bettina Atzgerstorfer
Photo: Bettina Atzgerstorfer

Le Grand Mythen, un point de basculement?

Je m’inscris à un entraînement contre la peur des hauteurs auprès des coachs David Elsasser et Bettina Atzgerstorfer. Tous deux souffraient autrefois eux aussi du vertige, mais aujourd’hui, ils font sans problème des randonnées en haute montagne et David Elsasser suit en outre une formation de guide de haute montagne CAS. Avec leur entreprise Höhencoach®, ils proposent des formations individuelles et en groupe aux personnes qui veulent surmonter leur peur du vide. Avec deux autres participants au stage, nous nous retrouvons au pied du Grand Mythen. Le matin de la journée d’entraînement est consacré à la théorie et à la préparation mentale à la randonnée. Nous apprenons à mieux comprendre la peur du vide et découvrons ce qui se passe dans le corps lorsqu’il se trouve en haute altitude dans un endroit exposé. Nous réfléchissons à notre propre peur du vide. C’est quelque chose qui varie d’une personne à l’autre. Et les deux coachs nous donnent des outils que nous pouvons utiliser avant, pendant et après l’entraînement en altitude.

Après le dîner, c’est parti. Je suis tendue et impatiente de voir ce qui va se passer dans les prochaines heures. Est-ce que je vais pouvoir supporter ma peur et m’y attaquer? Ou est-ce que je vais faire demi-tour au troisième virage, en sanglotant et les genoux tremblants? Sous le regard attentif et l’accompagnement bienveillant des coachs, nous franchissons virage après virage, et il ne m’arrive… rien. Enfin, pas tout à fait rien, car j’apprécie la randonnée et la vue. Mais ma peur du vide ne se manifeste pas sur cette montagne. Je suppose que cela est dû à la présence de chaînes qui sécurisent le chemin sur la plupart des tronçons, parfois même des deux côtés, et qui pour moi changent tout dans les endroits exposés. La peur est justement irrationnellement rationnelle.

Mais je voudrais toujours me débarrasser de ma peur du vide. C’est pourquoi je recontacte les coachs d’altitude et nous nous donnons rendez-vous pour une randonnée sur le Säntis. Depuis la station de montagne, il faut passer par le Lisengrat jusqu’au col du Rotstein, puis revenir. Dans la télécabine qui nous emmène au sommet, Bettina Atzgerstorfer me révèle que nous allons descendre au deuxième pilier du téléphérique et parcourir le reste du trajet à pied. Descendre d’un téléphérique sûr pour monter sur une tour de 25 mètres de haut? Pour moi, une vision d’horreur. Mais il n’y a rien à discuter et nous voilà déjà sur la plate-forme. C’est parti pour un premier exercice important contre le vertige. Il suffit de regarder mes pieds et de prévoir le prochain pas, sans regarder en bas ni autour de moi. Et effectivement, en ignorant ainsi la hauteur, elle ne me fait plus peur et j’arrive en bas en toute sécurité. Même si l’échelle qui mène au sommet est assez raide, les chemins sont peu exposés et donc raisonnablement praticables pour moi.

Cette forme de thérapie consiste à s’exposer consciemment au vertige et à se rendre compte que l’évaluation subjective de la situation dangereuse était exagérée, voire infondée. Elle se fait par une remise en question progressive de ses propres craintes. Les expériences positives vécues par les personnes concernées les aident à évaluer de manière plus réaliste les futures situations dangereuses. Ainsi, peu à peu, le cerveau enregistre l’expérience de la hauteur comme quelque chose de positif ou du moins de neutre.

Une question de perspective

Le Lisengrat est un excellent terrain d’entraînement pour surmonter ma peur du vide. La deuxième leçon importante commence dès que l’on regarde depuis le sommet le parcours que nous allons effectuer. De loin, de nombreux tronçons semblent tout simplement impraticables. Trop raides, trop escarpés, extrêmement périlleux. Bettina Atzgerstorfer m’explique que c’est l’une des grandes erreurs que l’on peut commettre en randonnée (quand on a le vertige). De loin, un chemin ou un itinéraire semble en général très différent de ce qu’il est en réalité, notamment en ce qui concerne la largeur du chemin, la pente et la déclivité à côté du sentier. Et c’est ainsi que certains tronçons qui semblaient infranchissables de loin deviennent finalement des promenades, tandis que ceux qui faisaient vraiment peur n’étaient même pas visibles de loin. Forte de ces deux conseils importants et des connaissances acquises lors du premier entraînement, à savoir que la respiration est l’un des leviers décisifs contre la peur – qui finit par passer avec le temps, comme n’importe quel autre sentiment –, j’ai réussi à surmonter une dizaine de passages qui me faisaient vraiment peur tout au long de la randonnée. Je me concentre uniquement sur le pas suivant, m’arrête et respire profondément s’il le faut, et fais abstraction de ce qui m’entoure. À l’exception bien sûr de Bettina Atzgerstorfer, qui m’accompagne avec calme et assurance à travers les passages dangereux, me fournit d’autres conseils utiles sur le maintien du corps et la technique de marche, et me laisse faire à ma guise lorsque j’ai un regain de courage. Un entraînement individuel comme celui-ci est un vrai luxe!

À la fin de cette journée, je ne me suis pas complètement débarrassée de ma peur du vide. Mais j’ai découvert que je pouvais affronter des situations angoissantes et maîtriser ainsi des chemins qui me semblaient impossibles à parcourir avant la formation. Je ne suis plus livrée à la peur, car les coachs m’ont transmis un répertoire d’actions pour la maîtriser progressivement. Ce succès me donne envie de m’accrocher et de poursuivre mon objectif.

Auteur:e

Christine Schnapp

Christine Schnapp est rédactrice de l’"Ami de la Nature", auteure de livres et travaille en freelance comme lectrice et productrice. Pendant son temps libre, elle aime écouter les autres raconter leur vie ou profiter du silence en montagne.

Rédaction: christine.schnapp@amisdelanature.ch

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